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As usual / Comme d’habitude

As usual

I wait for you below the glass candles.
The waitress moves slowly
almost waltzing from table to table.
As usual I order moonlight
for the nude beside me
and the waitress laughs as usual.

The nude’s in a painting
above a price card
on the cork-covered wall.
She also waits by a window
her eyes searching a moonless night.

A film of varnish guards the ochre skin
of her flat body.
Near her shoulder a titanium sail
bends across a bay
as if reaching out for  her.

Finally you’re here in the fat booth
beneath acoustic tile.
I say,”You’re late”.
You order beer
the waitress laughs as usual.

Written: 1986
Published: Wind 1988

………………………………..

Comme d’habitude

Je t’attends sous les bougies de verre.
La serveuse bouge lentement
valsant de table en table.
Comme d’habitude je commande
un « clair de lune » pour le nu à côté de moi
et la serveuse rit comme d’habitude.

Le nu est dans un tableau
au-dessus d’une étiquette avec le prix
sur la cloison de liège.
Elle aussi attend près d’une fenêtre
le regard perdu dans une nuit sans lune.

Une couche de vernis protège
la peau basanée de son corps mince.
Sur son épaule une voile argentée
penchée traverse  la baie
comme si elle se dirigeait vers elle.

Finalement tu es ici sur la banquette rembourrée
sous les carreaux  acoustiques.
Je te dis: tu as du retard.
Tu commandes une bière
la serveuse rit comme d’habitude.

………………………………………….

Ecrit: 1986. Traduction Françoise Parouty
Publié: Arpa 2004

Mon Rôle Passionné / My Passionate Part

My Passionate Part

You come to bed like a sleepwalker
looking for someone else.
I pretend not to notice.

“Can I do something?”
My hands touch you.
You push them away.

Smaller and smaller I grow
till I’m your polite little man.
You’re the soft pink blanket

I hug and put in my mouth.
Before I sleep
my fat and tiny fingers touch your smile.

1986. Published: Turnstile, 1988

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Mon Rôle Passionné

Tu viens te coucher comme une somnambule
qui cherche quelqu’un d’autre.
Je fais semblant de ne rien voir.

«Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi?»
Mes mains te frôlent.
Tu les repousses.

Je deviens de plus en plus petit
jusqu’à n’être que ton gentil petit homme
et tu es la douce couverture rose

que je serre et mets dans ma bouche.
Avant de m’endormir
mes petits doigts boudinés frôlent ton sourire.
……………….
Ecrit : 1986
Traduit de l’anglais par Françoise Parouty
Publié. Editions Tarabuste, 2007
In English, Search/Cherchez : My Passionate Part

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Your words / Tes mots

Your words

Your words are pale
they cough at night
and stare at the ceiling
they do not look out the window
they know exactly what they mean
they do not dream
they build walls with your dry voice
brick and stone, they say No
you can’t go

your words are policemen in long leather boots
they love laws and red lights
they lock doors and come to conclusions
they shut my words up in notes
tied & stacked like old newspapers
in the attic

my words have soft rubber smiles
they want to please you
your words have sharp eyes
I feel them looking over my shoulder
they interrupt, tell me who I am

can I say this, can I say that? no
my words must have your look of approval
in a moment  I’ll know what to say
I’ll say what you want me to say
you’ll smile and this room will disappear
already there are long pauses in which I forget myself
my hands and feet invisible

outside, strange words fill the white air
splash on my windowsill
I try to type them
but they refuse to get in line
I’m wearing your suit and tie
I have your eyes
I wipe my mouth
your words are on my sleeve

Written: 1986

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Tes mots

Tes mots sont pâles.
Ils toussent la nuit
et regardent fixement le plafond.
Tes mots ne regardent plus par la fenêtre.
Ils savent exactement ce qu’ils veulent dire.
Ils ne rêvent pas.
Avec ta voix sèche ils construisent des murs
de brique et de pierre; ils disent Non
tu n’iras pas.

Tes mots sont des policiers
en longues bottes de cuir
Ils aiment les lois et les feux rouges
Ils verrouillent les portes et tirent
des conclusions
Ils enferment mes mots dans des carnets
ficelés et empilés comme des vieux journaux
dans un grenier

Mes mots ont des sourires doux en caoutchouc
Ils veulent te plaire
Tes mots  ont les yeux perçants
Je les sens me regarder par-dessus l’épaule
Ils m’interrompent et me disent qui je suis.

Je peux dire ci, je peux dire ça? Non
mes paroles doivent avoir ton accord.
Dans un instant je saurai quoi dire :
tes paroles vont sourire et cette pièce ne sera plus.
Il y a déjà de longs espaces où je me perds.
Mes mains et mes pieds appartiennent au passé.

Dehors d’étranges paroles emplissent l’air blanc
et éclaboussent  ma fenêtre.
J’essaie de les noter
mais elles refusent de s’aligner.
Je porte ton complet et ta cravate.
J’ai tes yeux
Je m’essuie la bouche–
tes paroles s’impriment sur ma manche.
…………………………………..

Ecrit: 1986. Traduction: Françoise Parouty