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At my desk / A mon bureau

It’s not enough for me to read about the soft sand of beaches;
I want my bare feet to feel the sand.
André Gide, Les nourritures terrestres

At my desk

my legs are numb as stone
my head, stuffed with words

I stop reading
see myself running at the shore

feel hot sand beneath my feet
cold waves breaking, over my head.

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………………………………

Il ne me suffit pas de lire que les sables
des plages sont doux ; je veux que mes
pieds nus le sentent.
André Gide, Les nourritures terrestres

A mon bureau

jambes de pierre gourde
esprit farci de mots

j’arrête de lire
je me vois courir sur le rivage

le sable chaud
les vagues froides approchent

se brisent
au-dessus de ma tête.
……………………………

2008
Traduction: Françoise Parouty


Clouds / Les nuages

Clouds

standing so still
up there

each cloud
a cloud on a blue canvas

here
on paper

clouds
in a  word.
……………….

Les nuages

se tenant si immobile
au-dessus

chaque nuage
un nuage sur une toile bleue

ici
sur le papier

les nuages
dans un mot.
…………………………

2008
Traduction: Françoise Parouty
Publié: Comme en Poésie, 2009


  • 1 Comment »
  • Posted in Uncategorized on January 11th, 2008

Above all / Surtout

Above all

be invisible
invisible as a god

wear a mask
a mask of  words that trip

into each other and feel
nothing

words that smile
fictions

happy endings
full of azure skies and ivory clouds

endings
that never end

…………………………………….

Surtout

sois invisible
invisible comme un dieu

porte un masque

un masque de mots qui se bousculent
et ne sentent

rien

des mots qui s’amusent
de fictions

de fins heureuses
de ciels d’azur et de nuages d’ivoire

de fins qui
n’en finissent plus
…………………………………..

2008
Traduction: Françoise Parouty

Before Dark / Avant la nuit

The front room’s still bright
with sunshine
you’d think the light was on
night already here, the day, gone.

Sitting on the sidewalk
a standup piano waits
to be picked up, some of its keys
missing, the sheet music, absent.

At the bus stop, I wait for Nº5
look for its tall glass face
among cars and trucks
at the light.

An old man stands next to me
a woman beside him.
The sun’s setting
the seconds in my watch
falling.
…………………………

La chambre du devant brille encore
de soleil
on croirait que la lumière est allumée
la nuit déjà là, le jour, disparu.

Sur le trottoir un piano droit
attend d’être ramassé
quelques touches manquantes
les partitions, absentes.

À l’arrêt de l’autobus, j’attends le Nº 5
cherche le haut visage
parmi les voitures et les camions
qui attendent au feu.

Un vieil homme se tient à côté de moi
une femme près de lui.
le soleil se couche
les secondes au cadran de ma montre
tombent.
……………………….

Ecrit: 2008
Traduction: Françoise Parouty


Don’t ever grow up / Ne grandis jamais

Don’t ever grow up

be a Thunderbird boy
all your life

fast, detached and strapped in
behind dark glass and blinding chrome.

Scan suburban lawns for a girl
a poolside girl oiled up just for you

ready to be turned on and
off

or, be that poolside macho girl
your mouth caught

in a mannequin smile
fast, detached, strapped in

driven somewhere else, and
nowhere.
……………………..

Ne grandis jamais

sois un garçon Thunderbird
toute ta vie

rapide, libre et attaché
derrière des vitres teintées et des chromes éblouissants.

Repère sur les pelouses suburbaines une fille
une fille, au bord d’une piscine, huilée pour toi,

prête à s’allumer et puis
s’éteindre

ou, sois cette fille «macho»
la bouche figée

en un sourire
de mannequin.

rapide, libre et attachée
emmenée ailleurs,

nulle part.
……………………………………

2008
Traduction: Françoise Parouty


Invisible Men / Les hommes invisibles

Invisible men

men so familiar
you don’t see them on the corner.

Only the strange-quick-spicy sounds of their voices
reach you.

You shut them out
your arm raised for a cab.

A pickup truck slams on its brakes.
Their voices, louder now, chime into you.

For an instant
you see their faces.

……………….

Les hommes invisibles

des hommes si familiers que
tu ne les vois au coin de la rue.

Seul, le son de leurs voix étranges, vives et épicées
te parvient.

Tu les supprimes
d’un bras levé pour héler un taxi.

Une camionnette serre ses freins.
Leurs voix, plus fortes maintenant, t’interpellent.

Pendant un instant
tu peux voir leurs visages.

……………………..

2008
Traduction: Françoise Parouty
Publié: Comme en Poésie, 2009


They / Elles

They

They march in single file
along the fashion highway

super-thin models
their faces frozen.

For awhile, you’re up there
with them

detached

your hips bouncing to the hip-hop beat
your eyes shouting to the applause

Look at me.
Don’t look at me.

2008

Note:
These women so visible, no one can see them.

“how one does not see the maids/
when they pass by
with trays of deviled eggs//
arranged in daisy wheels”
Julia Alvarez. Homecoming

………………………………………….

Elles

Elles défilent une par une
sur la passerelle

les top models ultraminces
au visage de glace (figé)

Et pendant un instant
tu es là-haut avec elles

détachée

tes hanches balancent au rythme du hip-hop
tes yeux crient aux applaudissements

Regarde-moi.
Ne me regarde pas

2008
Traduction: Françoise Parouty


On the road home / Sur le chemin de la maison

On the road home

halfway down the hill
the distant sea comes into view

a long, blue brush stroke
in one of your paintings

the screeching gulls overhead
gray dabs

in your silent sky.
…………………..

Sur le chemin de la maison

A mi-hauteur de la colline
la mer apparaît au loin,

long coup de pinceau bleu
dans l’un de vos tableaux;

les cris stridents des mouettes sur nos têtes,
simples touches grises

dans votre ciel silencieux.
…………………


2008
Traduction: Françoise Parouty



Split / Coupé en deux

Split

The blunt blast of a horn
slams into me.

Off balance, for a moment
I break in two

watch myself

as if I were
someone else

a stranger
cursing the driver.
……………………………

Le coup strident d’un klaxon
percute contre moi.

Déséquilibré, un moment
je me coupe en deux

me regarde moi-même

comme si j’étais
quelqu’un d’autre

un étranger
en train de maudire le chauffeur.
………………

2008
Traduction: Françoise Parouty

Wordless / Sans paroles

For a moment
the world is a blank piece of paper

your street has no sign
your building, no number

even the sidewalk and trees
have lost their names.

And the flowers?
The flowers no longer speak Latin.

For a moment
there are no judgments, no types, no titles

everyone you know
is a stranger

unlabeled
free

free for a moment.
……………………………..

Pour un temps
le monde est une feuille blanche

ta rue n’a pas de panneau
ton bâ timent, pas de numéro

même le trottoir et les arbres
ont perdu leur nom.

Et les fleurs ?
les fleurs ne parlent plus latin.

Pour un temps
il n’y a plus de jugements, de types, de titres

tout homme que tu connais
est un étranger

non étiqueté
libre

libre pour un temps.
……………………………….
2008
Traduction: Françoise Parouty)


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