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9/11

Le ciel, bleu sans nuages
un jet au loin

les enfants qui rient
sur le chemin de l’école

les employés prennent leur café
aux marchants ambulants

les voitures de pompiers, les ambulances
sous le nuage de fumée

les médecins, les infirmières
devant l’hôpital

les fleurs sur le trottoir
des bougies qui brûlent

les visages en photo
sur les murs de parking

2006; 2009
Traduction: Françoise Parouty

One Continent /Un Seul Continent

One Continent

Standing still, I sail from one of your postcards
to the next one on my wall, to islands
in the Ionian Sea surrounded by plaster.

“We changed our course because of weather:
a heavy swell, waterspouts, a broken rudder.
We hope to be in Corfu by mid-October.”

My mind turns, sees the world
in small pieces of Time, anchoring
the Past to the Present —
no oceans, no years between us.
……………………………………
Un Seul Continent

Je navigue immobile, de l’une de tes cartes postales
à l’autre sur le mur, vers les îles de la mer Ionienne
entourées de plâtre.

” Avons changé de cap en raison du temps:
forte houle, trombes d’eau,  gouvernail brisé.
Pensons être à Corfou à la mi-Octobre.”

“Mon esprit retourne en arrière, voit le monde…..
en petites fractions de temps
avant d’ancrer le Passé au Présent —
Plus d’océans ni d’années entre nous.

2010. Traduction: Françoise Parouty.

Is that you, America / Est-ce bien toi, Amérique

Is that you, America

in plots of dust for sale
your forests chopped into shopping carts
Old Main, a parking lot?

Is that you in a baseball cap
the regular guy singing Country-Western
with gun-for-hire-eyes looking for a deal ?

America, is that you, strapped and buckled
down in long white flashing steel
on squealing wheels —

stopping, starting, racing the light
to suburb lawns of gals and beer —
to anywhere not here ?
…………………………………..
Est-ce bien toi, Amérique

en parcelles de poussière à vendre
tes forêts dépecées en caddies de courses
l’ancienne grand-rue, un parking?

Est-ce bien toi en casquette de base-ball
le gars réglo qui chante Country et Western
avec les yeux d’un tueur à gages après une affaire ?

Amérique, est-ce bien toi,  sanglée et bouclée
en acier luisant, effilé et blanc,
sur des roues grinçantes

qui s’arrête et démarre, faisant la course  au feu rouge
vers les  pelouses de banlieue pleines  de jolies filles et de bière—
ailleurs,  n’importe où, sauf ici ?

Traduction: Françoise Parouty

O Say Can You See / La Bannière Etoilée

O Say Can You See

My cousin’s a pilot in the war.
He sends me pictures of bombs dropping.
At school we bracket verbs and search
for dangling participles.
Up there, he cuts the sky and buries bones

Off Humarock Beach subs are sighted.
The long hands of the sea
so flat and still in the distance
bring K rations to the shore.  We raise our arms
like wings and drop stones into the sand.

Each day I walk to the bus stop.
Gloria’s there, her breasts already bursting,
her hair too red for Humarock.
My Great Dane Jack paws the dirt
struts his stuff in the morning light.

At school we sing the Star Spangled Banner.
Miss Graham stands while she plays the piano,
pulling the keys like weeds.  Old Granite Face
we call her, daughter of the American Revolution
her gray hair and long dress, quiet as stone.

1984

O Say Can You See (La Bannière Etoilée)

Mon cousin est pilote de guerre.
Il m’envoie des photos de bombardements.
A l’école nous mettons des verbes entre parenthèses
et recherchons les participes. Là-haut
il découpe le ciel et enterre des os.

Au large de Humarock des sous-marins en vue.
Les longs bras de la mer si calmes et plats au loin
apportent au rivage des rations de combat.
Nous levons les bras comme des ailes, et
lâchons des cailloux sur le sable.

Tous les jours je vais à pied à l’arrêt du bus.
Gloria est là, les seins déjà éclos
les cheveux trop roux pour Humarock.
Mon danois Jack remue la poussière
pavane son « truc » dans la lumière du matin.

A l’école nous chantons la Bannière Etoilée.
Debout, Mademoiselle Graham joue du piano,
arrachant les notes comme des herbes.
Vieille Face de Granit, nous l’appelons,
fille de la Révolution Américaine

ses cheveux gris et sa robe longue
muets comme une pierre.

1984. Traduction: Françoise Parouty

February 11, 2011 / Le 11 février 2011

February 11, 2011

Your sleek bicycle
wrapped with a thick chain
is locked to a bike rack
on the sidewalk.
Your lean, muscular body
inside the New York Sports Club
walks on a treadmill to
nowhere.

In Tahrir Square, thousands
of smiling, shouting men
women and children, stand
on an Abrams Tank
and wave the V-sign.

2011

……………………………………….

Le 11 février 2011

Ta superbe bicyclette
est attachée sur le trottoir
par une lourde chaîne
au râtelier à vélos.
Au club Sportif New Yorkais
Ton corps svelte et musclé
avance sur un tapis
qui ne va  nulle part.

Place Tahrir, des milliers
d’hommes, de femmes et d’enfants
souriants, crient debout
sur un Char Abrams
et font le signe de la victoire.

2011. Traduction: Françoise Parouty

A Pigeon on the Sill / Un Pigeon sur le bord de la fenêtre

A Pigeon on the Sill

Lying in bed this morning
in and out of sleep
I wake up years ago with you.

Is that your voice laughing?

Wait. Don’t stop. Don’t go.
Snow is falling outside
filling the room with light.

Come here.Together
bound tight, our separate selves
will fall away, before

before this winter returns
a pigeon on the sill
no other voice.

Revision 2011

Un Pigeon sur le bord de la fenêtre

Allongé au lit ce matin
endormi  à moitié
je  m’éveille avec toi il y a des années de ça.

Est-ce ta voix qui rit?

Attends. N’arrête pas. Ne pars pas.
Dehors la neige tombe
et remplit la chambre de lumière.

Viens ici. Serrés fort
ensemble, nos corps séparés
disparaîtront, avant

avant que l’hiver revienne
un pigeon sur le rebord
nulle autre voix.

Traduction: Françoise Parouty

In the Land of Innocence / Au pays de l’innocence

In the Land of Innocence

no one ever dies in public.
It’s against the rules
to even think of bombs
dropping
thousands of miles away
soldiers lined-up for chow
for incoming fire
screams, yells, and groans.

You watch your team score
hear the players shout
the cheerleaders cheer
their legs kicking high.

2011
…………………….
Au pays de l’innocence

personne ne meurt jamais en public.
Il est même contraire au règlement
de penser aux bombes qui tombent
à des milliers de kilomètres de distance:
les soldats alignés pour la bouffe
les obus qui approchent,
les hurlements, les cris, les gémissements.

Tu vois ton équipe marquer un but
Tu entends le cri des joueurs
les majorettes acclament
en levant haut les jambes.

2011. Traduction: Françoise Parouty

In The Waiting Room / Dans la salle d’attente

the wall clock stares back at me
its hands refusing to move.

My eyes stick to them —
invisible minutes and seconds
silently slip away from me.

I reach for a piece of chocolate
a sweet memory — anything to take me
somewhere full of faces, voices.

2011

……………………………………………

Dans la salle d’attente

Sur le mur de la salle d’attente
l’horloge me rend mon regard,
ses aiguilles refusent de bouger.

Mes yeux sont fixés sur elles —
minutes et secondes, invisibles
s’éloignent de moi en silence.

Je cherche un morceau de chocolat
un doux souvenir— peu importe — qui m’emmène
en un lieu plein de visages, de voix.

2011. Traduction: Françoise Parouty

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