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Ashes / Les cendres

Ashes

A cold fire of stubbed-out butts
smolders in the ashtray.
The taste of ashes smothers my tongue.

Inside my eyes
smoke rises faster and faster:
I’m on fire.

Something wrong? you ask..
Through a veil of smoke, I smile:
Everything’s all right.

……………………………..

Les cendres

Un feu glacial de mégots écrasés
fume dans le cendrier.
Un goût de cendres étouffe ma langue.

Dans mes yeux
la fumée monte vite encore plus vite:
je suis en feu.

Quelque chose ne va pas? Tu demandes.
A travers un voile de fumée, je souris:
Tout va bien.
………………………………………
2007
Traduction: Françoise Parouty

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  • Posted in Uncategorized on January 7th, 2007

Friday Night Sidewalk Café / Vendredi soir au jardin de la bière

Friday Night Sidewalk Café

Over crusts
of bread

the tables pack
meat-red faces

eyes out-of-sight
in tinted glasses

open mouths
chewing smoke

beery voices
eating the silence.
……………..

Vendredi soir au jardin de la bière

Au-dessous des croûtes
de pain beurré

aux tables s’entassent
des visages au chairs rougeâtres

des yeux cachés à la mode
derrière des verres teintés

des bouches ouvertes
qui machent la fumée

et des voix pleines de bière
qui mangent le silence.
…………………………..

1995. Traduction: Françoise Parouty

Blue hair / Des cheveux bleus

Blue hair

cerulean blue
with blond streaks
crossing the street.

She mumbles “I hate you”
her head butting the air
as if someone were there.

Published: The New York Quarterly, 1995

…………….

Des cheveux bleus

Des cheveux bleus, bleu ciel
avec des mèches blondes
me frôlent en passant.

Elle marmonne «Je te déteste.»
sa tête se cogne dans le vide
comme s’il y avait quelqu’un.
………………………..

1990. Traduction: Françoise Parouty


Isabel in crutches swings /Isabelle dans ses béquilles balance

Isabel in crutches swings

her extra set of legs
legs polished and veinless
under bulging arms and eyes,
eyes that won’t stop seeing dust and weeds.

In dreams she sweeps the yard
pulls poplars up by their roots.
Her Studebaker starts, then turns
to stone, and she can’t move.

Before she wakes, Isabel feels
the crutches inside her fists
the empty sky limping
across her face.

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Published: Pittsburgh Quarterly, 1996
…………………

Isabelle dans ses béquilles balance

sa paire de jambes supplémentaires
polies et sans veines sous ses bras bombés
et ses yeux, des yeux qui ne s’arrêteront pas de voir
la poussière et les mauvaises herbes.

Dans ses rêves elle balaye le jardin
arrache les peupliers par leurs racines.
Sa Studebaker démarre, puis se change
en pierre, et elle ne bouge pas.

Avant qu’elle se réveille, Isabelle sent
les béquilles dans ses poings,
le ciel vide, clopinant
à travers son visage.

1988. Traduction: François Parouty

Your words / Tes mots

Your words

Your words are pale
they cough at night
and stare at the ceiling
they do not look out the window
they know exactly what they mean
they do not dream
they build walls with your dry voice
brick and stone, they say No
you can’t go

your words are policemen in long leather boots
they love laws and red lights
they lock doors and come to conclusions
they shut my words up in notes
tied & stacked like old newspapers
in the attic

my words have soft rubber smiles
they want to please you
your words have sharp eyes
I feel them looking over my shoulder
they interrupt, tell me who I am

can I say this, can I say that? no
my words must have your look of approval
in a moment  I’ll know what to say
I’ll say what you want me to say
you’ll smile and this room will disappear
already there are long pauses in which I forget myself
my hands and feet invisible

outside, strange words fill the white air
splash on my windowsill
I try to type them
but they refuse to get in line
I’m wearing your suit and tie
I have your eyes
I wipe my mouth
your words are on my sleeve

Written: 1986

…………………………………………….

Tes mots

Tes mots sont pâles.
Ils toussent la nuit
et regardent fixement le plafond.
Tes mots ne regardent plus par la fenêtre.
Ils savent exactement ce qu’ils veulent dire.
Ils ne rêvent pas.
Avec ta voix sèche ils construisent des murs
de brique et de pierre; ils disent Non
tu n’iras pas.

Tes mots sont des policiers
en longues bottes de cuir
Ils aiment les lois et les feux rouges
Ils verrouillent les portes et tirent
des conclusions
Ils enferment mes mots dans des carnets
ficelés et empilés comme des vieux journaux
dans un grenier

Mes mots ont des sourires doux en caoutchouc
Ils veulent te plaire
Tes mots  ont les yeux perçants
Je les sens me regarder par-dessus l’épaule
Ils m’interrompent et me disent qui je suis.

Je peux dire ci, je peux dire ça? Non
mes paroles doivent avoir ton accord.
Dans un instant je saurai quoi dire :
tes paroles vont sourire et cette pièce ne sera plus.
Il y a déjà de longs espaces où je me perds.
Mes mains et mes pieds appartiennent au passé.

Dehors d’étranges paroles emplissent l’air blanc
et éclaboussent  ma fenêtre.
J’essaie de les noter
mais elles refusent de s’aligner.
Je porte ton complet et ta cravate.
J’ai tes yeux
Je m’essuie la bouche–
tes paroles s’impriment sur ma manche.
…………………………………..

Ecrit: 1986. Traduction: Françoise Parouty

Crossing / En traversant

Crossing

I must cross the street before the light changes:
the sign’s flashing DONT WALK DONT WALK.

That long white limo’s inching forward
an old geezer I bet behind the dark window

probably poking the floor with his damn cane
telling the driver DRIVE ON DRIVE ON

or maybe he’s young like this stud on the Harley,
cocking his elbows in leather and brass

gunning, gunning his engine.
I’m crossing.  Crossing.

Written: 1985

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En traversant

il faut que je traverse avant que le feu change :
le signal clignote DONT WALK DONT WALK.

Une longue limousine blanche gagne des centimètres.
Un vieillard je suppose derrière la vitre fumée.

Il frappe sûrement le sol de sa maudite canne
en disant au chauffeur ALLEZ ALLEZ.

ou peut-être est-il  jeune comme l’étalon sur sa Harley,
renflant ses épaules de cuir et de métal.

Il emballe, emballe son engin.
JE TRAVERSE JE TRAVERSE.
………………………………

Ecrit: 1985. Tracduction: Françoise Parouty
Publié: Tarabuste Edtions, 2007